En résumé, le rachat de surplus par des acteurs privés :
Le tarif EDF OA est passé à 1,1 c€/kWh depuis l'arrêté S21 du 1er juin 2026. Face à cette baisse, des fournisseurs alternatifs proposent des offres de rachat au tarif de marché, parfois bien plus élevées :
Le secteur a connu une multiplication par six des litiges liés au photovoltaïque entre 2022 et 2025
JPME, principal acteur épinglé, a perdu son agrément de fournisseur d'énergie début 2026
Certains contrats prévoient des frais d'entrée et des modifications unilatérales de tarif
La vraie rentabilité solaire repose sur l'autoconsommation directe, pas sur la revente
Depuis l'arrêté S21, le tarif de rachat EDF OA pour les petites installations a chuté à 1,1 c€/kWh. Des fournisseurs privés s'engouffrent dans la brèche avec des promesses de tarifs bien supérieurs. Le Médiateur de l'énergie tire la sonnette d'alarme.
Solarock vous décrypte ce marché, ses acteurs légitimes et ses dérives documentées.
Pourquoi le rachat de surplus est soudain sous les projecteurs
L'arrêté S21 du 1er juin 2026 a établi un tarif unique de 1,1 c€/kWh pour les installations ≤ 9 kWc, remplaçant l'ancienne grille trimestrielle CRE. Pour donner une mesure concrète de ce que cela représente : un kWh que vous consommez directement depuis vos panneaux vaut environ 0,25 € sur votre facture. Un kWh que vous revendez à EDF OA vaut désormais 0,011 €. L'écart est facteur 23.
Le tarif a ainsi été divisé par 3,6 par rapport au régime en vigueur en mars 2025, lui-même déjà divisé par trois par rapport aux tarifs antérieurs. Ce mouvement de fond traduit une orientation politique claire : l'État considère que le soutien public à la revente de surplus n'est plus justifié au niveau de coûts actuels des installations. La rentabilité d'une installation photovoltaïque résidentielle repose désormais entièrement sur l'autoconsommation directe.
Dans ce contexte, il est naturel que des ménages équipés ou sur le point de l'être cherchent des alternatives à EDF OA pour valoriser leur surplus. Et des acteurs commerciaux répondent à cette demande, avec des propositions très variables en termes de sérieux.
Comment fonctionnent les offres de rachat privées
Les fournisseurs alternatifs qui proposent de racheter votre surplus fonctionnent selon deux grands modèles.
Le premier est celui des fournisseurs agréés au tarif de marché. Des acteurs comme Symphonics, lancé en avril 2026, agrègent les volumes de production et les valorisent sur les marchés EPEX SPOT et M0. Le surplus est rémunéré au prix réel du marché horaire ou mensualisé, avec une moyenne annuelle estimée entre 5,5 et 9 c€/kWh selon le profil de production. Ces offres sont légitimes et régulées, elles exigent simplement que vous ayez un compteur Linky et une installation conforme, et impliquent un engagement contractuel à lire attentivement.
Des fournisseurs comme Octopus Energy ont également lancé des offres concurrentes à EDF OA, notamment Solar Boost, proposant un rachat du surplus à 4 c€/kWh garanti sur trois ans, conditionné au couplage avec une batterie.
Le second modèle est celui des batteries virtuelles : votre surplus injecté sur le réseau est crédité sous forme d'un avoir que vous consommez ensuite sur votre facture d'électricité. Certains opérateurs ont proposé ce mécanisme avec des frais d'entrée et des engagements pluriannuels. C'est là que les dérives les plus sérieuses ont été constatées.
Le signal d'alarme du Médiateur de l'énergie
Le rapport annuel du Médiateur de l'énergie, publié début juin 2026, est sans ambiguïté sur l'évolution du marché. Les saisines liées au photovoltaïque ont été multipliées par six entre 2022 et 2025, pour atteindre 598 dossiers recevables.
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Le cas le plus documenté est celui de JPME, filiale d'Actelios Solutions. Cette entreprise concentrait 80 % des litiges du secteur solaire en 2025, avec 621 saisines, soit plus du double par rapport à l'année précédente. Elle est épinglée pour des défauts de paiement quasi généralisés et des modifications unilatérales des tarifs de rachat.
JPME s'était distinguée par des tarifs de rachat attractifs et un dispositif de batterie virtuelle assortis de frais d'entrée pouvant atteindre 800 euros. Une fois ces sommes encaissées, de nombreux producteurs se sont heurtés à un défaut de paiement quasi généralisé.
En juillet 2025, le Médiateur a saisi le procureur de la République de Montpellier. Début 2026, le ministère de l'Économie a retiré à JPME son autorisation d'achat pour revente d'électricité. Ses anciens clients ont basculé automatiquement chez un fournisseur de dernier recours.
💡 Le conseil Solarock :
La sanction de JPME est inédite en France. Elle illustre un vide réglementaire spécifique : les acheteurs non obligés, ceux qui rachètent l'électricité sans y être contraints par la loi, bénéficient d'un cadre de contrôle nettement plus souple que celui qui s'applique à EDF OA. Ce déséquilibre crée mécaniquement un risque pour le producteur particulier.
Les cinq questions à poser avant de signer
Que l'offre soit présentée lors d'un démarchage à domicile, via internet ou recommandée par votre installateur, voici les points de contrôle non négociables.
1. L'entreprise dispose-t-elle d'un agrément en cours de validité ?
Tout acheteur d'électricité qui la revend ensuite doit détenir une autorisation délivrée par le ministère de l'Économie. Le ministère peut retirer cette autorisation, ce qu'il a fait pour JPME début 2026. Avant de signer, vérifiez sur le registre public des fournisseurs d'énergie que l'entreprise figure bien dans la liste des acteurs autorisés. Ce contrôle prend deux minutes et peut vous éviter des mois de litige.
2. Quelles sont les clauses de modification tarifaire ?
Un contrat de rachat solide doit préciser les conditions dans lesquelles le tarif peut évoluer, avec des délais de préavis et des voies de sortie claires. Toute clause autorisant une modification unilatérale du prix sans préavis raisonnable est un signal d'alerte majeur. Lisez particulièrement les articles relatifs à la révision des prix et à la résiliation.
3. Y a-t-il des frais d'entrée ?
EDF OA ne prélève aucun frais d'accès à son contrat d'obligation d'achat. Dès lors qu'un opérateur vous demande de payer pour accéder à une offre de rachat — qu'il s'appelle cela frais d'adhésion, de mise en service ou d'accès à la plateforme — posez-vous la question de la solidité du modèle économique sous-jacent.
4. Le contrat est-il indexé sur le prix spot ?
Les offres indexées sur le marché EPEX SPOT peuvent effectivement dépasser le tarif EDF OA en période favorable. Mais elles peuvent aussi descendre en dessous lors des périodes de surplus de production, notamment les jours ensoleillés où beaucoup de producteurs injectent simultanément. Certains contrats prévoient même que le rachat ne s'active que lorsque le prix spot est positif. Anticipez les scénarios défavorables, pas seulement les estimations optimistes.
5. Quel est l'historique de paiement de l'entreprise ?
Avant de contracter avec un acteur que vous ne connaissez pas, consultez les forums et avis vérifiés de producteurs déjà clients. Des témoignages de non-respect de contrats ont commencé à circuler plusieurs mois avant que les sanctions officielles ne tombent, les signaux d'alerte existaient bien avant l'intervention du Médiateur.
Ce que cela change et ne change pas, pour la rentabilité de votre installation
Il est important de remettre l'enjeu à sa juste place. Un kWh produit et consommé directement vaut environ 0,25 €, contre 0,011 € pour un kWh revendu au tarif EDF OA. Même en supposant qu'un acteur privé vous rachète votre surplus à 8 ou 9 c€/kWh, soit environ huit fois le tarif EDF OA, ce kWh revendu reste économiquement bien moins intéressant qu'un kWh autoconsommé.
La variable clé d'un projet solaire performant n'est pas le tarif de rachat du surplus : c'est le taux d'autoconsommation directe. C'est lui qui détermine à quelle vitesse votre installation rembourse son investissement. Une installation bien dimensionnée par rapport à vos usages réels, couplée à un pilotage intelligent de vos appareils (chauffe-eau, lave-vaisselle, recharge véhicule électrique), peut atteindre 60 à 75 % d'autoconsommation et rendre la question du surplus relativement secondaire.
💡 Le conseil Solarock :
Méfiez-vous des simulations qui mettent en avant le revenu de revente comme argument central de rentabilité. Un bon dimensionnement cherche d'abord à maximiser ce que vous consommez vous-même. La revente est un complément, pas un pilier.
La position de Solarock sur le sujet
Solarock ne propose pas de contrat de rachat de surplus. Ce n'est pas notre métier, et nous n'avons aucune rémunération à toucher en vous orientant vers l'un ou l'autre des acteurs du marché. Notre rôle s'arrête là où commence le contrat de fourniture ou de rachat et c'est précisément pour cette raison que nous pouvons vous en parler sans intérêt commercial.
Ce que nous faisons, en revanche, c'est dimensionner les installations pour que le surplus soit structurellement faible. Une installation calibrée sur vos consommations réelles, vos horaires de présence et votre profil de charge produit moins de surplus — et moins de surplus signifie moins de dépendance à un tiers pour valoriser votre production.
Si vous avez déjà signé un contrat de rachat et que vous rencontrez des difficultés de paiement ou de communication avec votre acheteur, le Médiateur de l'énergie est compétent pour traiter ce type de litige — la saisine est gratuite.
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Cet article a été rédigé sur la base de l'arrêté du 1er juin 2026 (NOR : ECOR2609281A), du rapport annuel 2025 du Médiateur de l'énergie (publié le 2 juin 2026) et des données publiques disponibles à la date de publication.
Le rachat par un acteur privé est-il légal ?
Peut-on cumuler un contrat EDF OA et une offre privée ?
JPME peut-elle encore racheter mon surplus en 2026 ?
Comment vérifier qu'un acheteur est bien agréé ?
Combien puis-je espérer avec une offre de marché indexée spot ?
Mon installateur peut-il me recommander un acheteur de surplus ?
Puis-je me rétracter si j'ai signé suite à un démarchage à domicile ?
Que faire si mon acheteur de surplus ne me paie pas ?

Renan Keraudran





