En résumé, la canicule sur les chantiers solaires :
Deux textes encadrent vos obligations : le décret du 27 mai 2025 (mesures de prévention renforcées, applicable depuis le 1er juillet 2025) et le décret du 28 juin 2024 (canicule ajoutée aux intempéries indemnisables dans le BTP).
Quatre niveaux de vigilance Météo-France servent de déclencheurs : vert, jaune (pic de chaleur), orange (canicule), rouge (canicule extrême). Le jaune, l'orange ou le rouge déclenchent les mesures de prévention ; l'orange ou le rouge ouvrent droit à l'indemnisation des arrêts dans le BTP.
Obligations clés : intégrer la chaleur au DUERP, fournir de l'eau potable fraîche (au moins 3 litres par jour et par travailleur en l'absence d'eau courante sur les chantiers du bâtiment), adapter horaires et organisation, prévoir ombre, rotation et EPI, informer et former les équipes.
Le levier à connaître : arrêter un chantier en période de canicule ne signifie plus une perte sèche, les heures perdues pouvant être indemnisées via le régime chômage-intempéries des caisses CIBTP.
Poser des panneaux photovoltaïques, c'est travailler en toiture ou en extérieur, en plein soleil, souvent sur des surfaces qui réfléchissent et accumulent la chaleur. Quand la température grimpe, le risque n'est plus seulement l'inconfort : il devient un enjeu de sécurité, de responsabilité pénale et de continuité de chantier.
Depuis 2024, le cadre légal s'est nettement renforcé. Cet article fait le point pour les équipes terrain et les partenaires du réseau Powered by Solarock : ce que dit la réglementation, ce qui est désormais obligatoire, et comment organiser concrètement une journée de pose sous forte chaleur.
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Ce que la chaleur fait sur un chantier de pose
La chaleur au travail dégrade la vigilance, allonge les temps de réaction et augmente le risque de chute, particulièrement critique en travail en hauteur. Elle provoque aussi des effets physiologiques directs : crampes, maux de tête, déshydratation et, au stade grave, le coup de chaleur, qui est une urgence vitale.
Sur un chantier solaire, plusieurs facteurs aggravent l'exposition : le rayonnement direct, la réverbération sur les modules et les toitures, le port des équipements de protection individuelle (harnais, casque, chaussures montantes) qui limitent l'évacuation de la sueur, et l'effort physique du port de charges. Ces spécificités justifient une organisation dédiée, au-delà du simple bon sens.
Le cadre réglementaire : deux décrets à connaître
Deux textes structurent aujourd'hui les obligations de l'employeur en période de forte chaleur.
Le décret du 27 mai 2025 : des obligations de prévention renforcées
Le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025, relatif à la protection des travailleurs contre les risques liés à la chaleur, est applicable depuis le 1er juillet 2025. Il inscrit clairement la chaleur comme un risque professionnel à part entière et impose à l'employeur une série de mesures de prévention lorsqu'un épisode de chaleur intense est déclaré. Son objectif : protéger les salariés contre la dégradation des conditions de travail, les accidents, mais aussi la fièvre, les migraines, les crampes, la déshydratation et les coups de chaleur.
Un arrêté du même jour, le 27 mai 2025, fixe les seuils de vigilance Météo-France servant de déclencheurs à ces obligations.
Le décret du 28 juin 2024 : la canicule indemnisée au titre des intempéries
Le décret n° 2024-630 du 28 juin 2024, relatif au régime particulier d'indemnisation des salariés des entreprises du bâtiment et des travaux publics en cas d'arrêt de travail occasionné par les intempéries, ajoute la canicule à la liste des conditions atmosphériques ouvrant droit à l'indemnisation du chômage-intempéries. Concrètement : lorsqu'un arrêt de chantier est décidé en raison d'une période de canicule, les heures perdues peuvent être indemnisées via le régime géré par les caisses CIBTP, au même titre que le gel ou les fortes pluies. C'est un changement important pour les entreprises du réseau : arrêter un chantier pour protéger une équipe n'est plus systématiquement une perte sèche.
Les niveaux de vigilance qui déclenchent vos obligations
L'arrêté du 27 mai 2025 aligne les obligations sur quatre niveaux de vigilance météorologique. Il est essentiel de savoir lequel s'applique, car il conditionne à la fois vos mesures de prévention et l'ouverture des droits à indemnisation.
Vigilance verte : veille saisonnière, sans vigilance particulière.
Vigilance jaune : pic de chaleur, soit une exposition de 1 à 2 jours à une chaleur intense présentant un risque pour la santé compte tenu des conditions de travail ou de l'activité physique.
Vigilance orange : période de canicule, chaleur intense et durable susceptible de constituer un risque sanitaire pour l'ensemble de la population exposée.
Vigilance rouge : période de canicule extrême, exceptionnelle par sa durée, son intensité et son ampleur géographique.
Deux repères à retenir. Un épisode de chaleur intense correspond à l'atteinte du seuil jaune, orange ou rouge : c'est lui qui déclenche les mesures de prévention du décret de 2025. Une période de canicule correspond aux seuils orange ou rouge : c'est elle qui ouvre droit à l'indemnisation des arrêts de travail dans le BTP au titre du décret de 2024.
Les obligations légales documentées
Intégrer la chaleur au DUERP
L'employeur doit intégrer le risque lié aux fortes chaleurs dans le document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP). Ce n'est pas une formalité : le DUERP est le document de référence qui sera examiné en cas de contrôle de l'inspection du travail ou d'accident. Il doit identifier les situations d'exposition propres à vos chantiers (travail en toiture, réverbération, port du harnais) et décrire les mesures de prévention associées. Un DUERP muet sur la chaleur est aujourd'hui une non-conformité directe.
Les mesures de prévention imposées par le décret de 2025
Le décret énumère les mesures que l'employeur doit mettre en œuvre pour lutter contre les épisodes de chaleur intense :
privilégier les procédés de travail n'exigeant pas ou peu d'exposition à la chaleur ;
adapter l'aménagement et l'agencement des postes et des lieux de travail ;
adapter l'organisation du travail, y compris les horaires, pour limiter la durée et l'intensité de l'exposition, avec la possibilité de prévoir des périodes de repos ;
déployer des moyens techniques réduisant le rayonnement solaire ou l'accumulation de chaleur : pare-soleil, ventilateurs, brumisateurs ;
augmenter autant que possible la quantité d'eau potable fraîche mise à disposition, et prévoir un moyen de la maintenir au frais à proximité des postes ;
choisir des équipements de travail permettant de maintenir une température corporelle stable ;
fournir des équipements de protection individuelle adaptés aux fortes températures et au rayonnement solaire ;
informer et former les travailleurs sur la conduite à tenir en cas de forte chaleur et sur l'usage correct des équipements.
La règle spécifique des 3 litres d'eau
Le décret précise qu'en l'absence d'eau courante, l'employeur doit mettre à disposition au moins 3 litres d'eau par jour et par travailleur. Cette obligation vise spécifiquement l'exécution des travaux du bâtiment (les travaux forestiers et sylvicoles sont également concernés) et s'applique en permanence, indépendamment du niveau de vigilance. Sur un chantier de pose sans point d'eau raccordé, c'est un point de contrôle concret et facile à vérifier.
💡 Le conseil Solarock : créez une fiche « chaleur » type dans votre DUERP et dupliquez-la sur chaque chantier plutôt que de repartir de zéro. Vous gagnez du temps et vous vous assurez qu'aucun chantier ne passe entre les mailles en cas de contrôle.
Organiser concrètement le chantier
La conformité se joue sur l'organisation quotidienne. Voici les leviers opérationnels à activer dès qu'un épisode de chaleur intense est annoncé.
Horaires. Décaler le démarrage tôt le matin pour concentrer les tâches les plus physiques et le travail en toiture sur les heures fraîches. Éviter la tranche 12 h - 16 h pour les efforts intenses ou l'exposition directe, quitte à réorganiser les tâches (travaux à l'ombre, préparation, câblage abrité) sur ce créneau.
Hydratation. Eau fraîche disponible en permanence et maintenue au frais près des postes, avec un objectif d'un verre toutes les 15 à 20 minutes sans attendre la sensation de soif. Bannir l'alcool et limiter les boissons très sucrées.
Rotation des équipes. Alterner les postes exposés et les postes abrités, fractionner le travail en hauteur, instaurer des pauses régulières à l'ombre. Ne jamais laisser un opérateur seul en toiture par forte chaleur.
EPI et protection. Privilégier des vêtements légers, couvrants et clairs, casquettes de type casque ventilé lorsque c'est compatible avec la sécurité, crème solaire, lunettes. Installer des zones d'ombre (tentes, pare-soleil) et des points de rafraîchissement.
Surveillance et consignes. Sensibiliser chaque équipe aux signes d'alerte (maux de tête, vertiges, nausées, arrêt de la transpiration, confusion) et à la conduite à tenir. Désigner un référent chargé de suivre la vigilance météo du jour et d'ajuster l'organisation.
💡 Le conseil Solarock : équipez chaque camion d'une glacière dédiée à l'eau, remplie la veille au soir. Sur une toiture sans point d'eau raccordé, c'est le moyen le plus simple de tenir l'obligation des 3 litres par jour et par personne, et de garder l'eau réellement fraîche jusqu'en milieu d'après-midi.
Cas d'étude : une journée type en vigilance orange
Prenons une pose de 12 kWc sur toiture de particulier, un jour de canicule (vigilance orange). Le référent chantier a consulté la vigilance la veille et informé l'équipe. Le rendez-vous est avancé à 6 h 30. De 7 h à 11 h, l'équipe réalise les tâches en toiture : fixation des rails, pose des modules, pendant que la température reste soutenable. L'eau fraîche est stockée dans une glacière à pied d'échelle, chacun boit régulièrement. À 11 h, le travail en toiture est suspendu : l'équipe bascule sur le câblage et les raccordements à l'abri, sous une tente montée dans le jardin. La pause déjeuner est allongée et prise à l'ombre. Entre 13 h et 16 h, aucun effort intense en plein soleil n'est programmé. Si la vigilance passe au rouge ou si la chaleur rend le travail dangereux, le chantier est arrêté et les heures perdues déclarées au régime chômage-intempéries. Cette organisation, décidée à l'avance et tracée, protège l'équipe tout en documentant la conformité de l'entreprise.
💡 Le conseil Solarock : nommez un référent chaleur par chantier et donnez-lui un réflexe simple : consulter la vigilance Météo-France la veille au soir et le matin même. C'est lui qui décide d'avancer l'horaire, de basculer sur les tâches abritées ou de suspendre. Une décision anticipée et tracée protège l'équipe et documente votre conformité.
En résumé pour les partenaires du réseau
La forte chaleur n'est plus un aléa géré au cas par cas : c'est un risque encadré, documenté et, pour partie, indemnisé.
Pour une entreprise du réseau Powered by Solarock, la mise en conformité repose sur quelques réflexes : intégrer la chaleur au DUERP, suivre la vigilance Météo-France au quotidien, appliquer les mesures de prévention du décret de 2025 (eau, horaires, rotation, EPI, information), et connaître le levier du chômage-intempéries pour arrêter un chantier sans crainte quand la sécurité l'exige. Anticiper coûte moins cher qu'un accident, et une équipe protégée reste une équipe efficace.
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Sources :
Que dit la loi sur le travail en extérieur pendant une canicule ?
À partir de quelle température faut-il arrêter un chantier ?
Quelles sont les obligations de l'employeur en cas de forte chaleur ?
Quelle quantité d'eau l'employeur doit-il fournir sur un chantier ?
La canicule est-elle indemnisée comme les intempéries dans le BTP ?
Que signifient les niveaux de vigilance jaune, orange et rouge pour un chantier ?
Faut-il mettre à jour le DUERP à cause de la chaleur ?
Comment organiser une journée de pose photovoltaïque par forte chaleur ?

Renan Keraudran





